Économie & finance

Renouer avec la croissance

Par editeur_EELG le 23/03/2012 - 8:28


Pour la sixième édition des Journées de l’Economie, c’est l’avenir de l’industrie au Luxembourg qui était au centre des débats, les 8 et 9 février à la Chambre de Commerce.

Pour la sixième édition des Journées de l’Economie, c’est l’avenir de l’industrie au Luxembourg qui était au centre des débats, les 8 et 9 février à la Chambre de Commerce. En présence de S.A.R. le Grand-Duc héritier et des principaux acteurs du monde économique luxembourgeois, les différents intervenants ont procédé au diagnostic de l’industrie avant de soumettre quelques solutions.
 

Evoquer l’avenir industriel du Luxembourg, c’est se rappeler que «le Luxembourg est un don du fer». Pour autant, aujourd’hui, la crise actuelle aidant, il semblerait que notre industrie soit dépassée. La question phare de l’édition 2012 des Journées de l’Economie qui avait lieu à la Chambre de Commerce le 8 et le 9 février était donc la suivante: comment renouveler l’industrie grand-ducale?
 

Vieillissement du capital industriel luxembourgeois

C’est sous un amer constat qu’ont commencé les différentes interventions, le 8 février. Pierre Gramegna, le directeur de la Chambre de Commerce a eu la lourde tâche d’annoncer la chute du poids de l’industrie au Luxembourg qui représentait 44% du PIB en 1970 et qui n’en représentait plus que 7,5% en 2010. Une annonce qui confirme alors le vieillissement du capital industriel de l’Etat et la baisse de compétitivité, même si le Luxembourg n’est pas « mal positionné» par rapport aux autres pays de l’Europe, selon Raymond Shadeck, président de la Commission économique de la Chambre de Commerce.

Pour autant, il est évident qu’on ne pourrait abandonner l’industrie au profit d’une économie totalement basée sur le secteur des services qui deviendrait alors plus vulnérable. Une ré-industrialisation est donc obligatoire, ce qui demande une politique et des actions menées de front par l’ensemble des acteurs de la société.

A commencer par une stratégie d’aménagement du territoire et de mobilité innovante. Proposée par le ministre du Développement durable et des Infrastructures, Claude Wiseler, cette stratégie vise principalement à rendre plus accessible les différentes zones d’activités pour les travailleurs luxembourgeois, mais aussi frontaliers (voies ferroviaires ou routières). Il cite volontiers l’initiative du projet transfrontalier Alzette-Belval, vu comme une éco-agglomération transfrontalière.
 

Attirer la matière grise

Il faut donc, comme l’indique Pierre Gramegna, «mettre la matière grise en commun» avec les pays frontaliers, ce que ne contestent pas les intervenants de la partie Recherche et Développement (R&D) de l’après-midi.
Malheureusement, là aussi, le bilan n’est pas glorieux. Avec 1,68% du PIB consacré à la R&D, l’effort pour promouvoir les activités innovantes est encore trop faible. Marc Solvi, directeur général de Paul Wurth S.A., le clame haut et fort, il faut faire du «haut de gamme, être à la pointe de la technologie afin de se prémunir contre toutes contrefaçons ou imitations». «L’innovation est», assure par la suite Raymond Shadeck, «l’un des principaux moyens pour acquérir un avantage compétitif» (lire par ailleurs notre interview de Raymond Shadeck).
Pour pousser cette innovation à son maximum, il est entendu pour lui qu’il faut changer les mentalités, et ce, à tous les niveaux, des services publics aux services privés en passant par une réforme de l’enseignement. Pour Yves Elsen, directeur du Fonds National de la Recherche (FNR), il ne s’agit pas uniquement de chercher mais bien de trouver! «Il faut des trouveurs, et non plus, juste des chercheurs», martèle-t-il. Pour cela, il ne voit qu’une chose: la coopération entre les acteurs. Il faut «conjuguer nos efforts».
«Un chercheur de haut niveau attire les autres», assure-t-il. La solution est donc simple: attirer ou même former des ‘chercheurs-trouveurs’ de haut niveau pour en attirer d’autres quitte à prendre le risque de laisser de jeunes talents luxembourgeois s’exiler à l’étranger quelques années le temps d’apprendre et revenir apporter sa connaissance.

La première journée se termine avec la création d’un «haut comité  pour l’industrie», décidée unanimement par les parties présentes. Ce comité permettra de formaliser la stratégie industrielle du Luxembourg pour favoriser la mise en place d’actions rapides.
 

Sur un air de crise

La seconde et dernière journée est marquée par le premier discours d’Etienne Schneider, le nouveau ministre de l’Economie, officialisant ainsi sa prise de fonction. Avec pour fond la crise économique actuelle, le ministre a insisté sur la nécessité de revenir vers un équilibre budgétaire afin d’assurer la compétitivité du Luxembourg. Selon lui, l’Etat a un rôle prioritaire dans la relance économique et le déploiement d’une nouvelle industrialisation. Principaux projets énoncés ce jour: la fin de la bulle immobilière, l’investissement dans le capital humain et le développement durable.

Quoi qu’en disent certains, la crise touche aussi les entreprises et menacent un «Luxembourg proche de tomber en récession», indique Serge Allegrezza, directeur de l’Observatoire de la Compétitivité, même si la dette publique dans la zone euro est en moyenne quatre fois plus importante qu’au Luxembourg, conférant au pays une meilleure garantie de stabilité fiscale.

Les entreprises, dont certains directeurs sont montés au pupitre au cours de la matinée, constatent une évidente baisse de la demande et témoignent d’une situation inconfortable pour eux qui se trouvent coincés entre la pression des actionnaires et le poids de la masse salariale. Outils de gestion adaptés et développement d’une culture entrepreneuriale sont donc autant de leviers pour optimiser la compétitivité.

Ont également été abordées, les questions de financements, de déploiement (les entreprises doivent se positionner sur d’autres segments de marché), l’innovation pour se différencier des concurrents et l’exportation qui représente 80% de la production industrielle luxembourgeoise (où s’implanter, s’adapter aux pays et faire face aux risques d’impayés qui sont, par exemple, de 50% en Espagne). C’est donc le thème de la flexibilité qui a été retenue pour cette seconde partie d’événement.

Au final, les Journées de l’Economie ont permis la mise au jour d’une situation économique qui, si elle n’est pas encore catastrophique, reste tout de même délicate. Mais surtout, ces deux cycles de conférences ont démontré qu’il est désormais évident que chaque acteur, public ou privé, doit, à son échelle, contribuer aux efforts nécessaires pour faire face au ralentissement de la croissance économique qui touche toute l’Europe et faire que le Luxembourg en sorte renforcé. Le mieux, bien sûr, étant de le faire main dans la main.  FC

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Par editeur_EELG le 23/03/2012 - 8:28