Économie & finance

En pleine lucarne

Par editeur_EELG le 6/04/2012


C’est à la surprise générale que la presse apprend en novembre 2011 que Jeannot Krecké décide de quitter ses fonctions de ministre de l’Economie et du Commerce extérieur.

C’est à la surprise générale que la presse apprend en novembre 2011 que Jeannot Krecké décide de quitter ses fonctions de ministre de l’Economie et du Commerce extérieur. Méticuleux, organisé, exigent avec lui-même autant qu’avec les autres, il aura, pour beaucoup, de par sa dextérité et son tempérament bien trempé, marqué de son sceau un ministère de tout premier plan. Portrait d’un homme émérite, qui a définitivement tourné la page de la politique.
 

Jeannot Krecké est né le 26 avril 1950 dans les faubourgs de Luxembourg-Ville. C’est le ballon au pied qu’il grandit à Beggen où il fait ses premiers pas de footballeur dès l’âge de dix ans avec Paul Philippe, ce qui lui vaudra d’être sélectionné pas moins de 19 fois dans l’équipe nationale luxembourgeoise.

Son diplôme de fin d’études secondaires en poche, Jeannot Krecké décroche en 1969 un contrat avec le club de football Royal Daring Molenbeek à Bruxelles, ville où il entame des études à l’Université libre de Bruxelles en éducation physique et sportive.

Licencié agrégé en Belgique en 1973, il fait la navette entre les capitales belge et luxembourgeoise pendant trois ans en tant que professeur d’EPS au Grand-Duché et assistant à l’ULB, avant d’être nommé en 1979 Attaché au ministère des Sports pour la réalisation de l’Ecole d’Entraîneur de football à l’Institut National des Sports : «Les positions étant divergentes, j’ai été contraint de quitter le ministère pour me consacrer à nouveau à l’enseignement», nous confie Jeannot krecké.

Malheureusement, des problèmes de hanche l’écarteront du sport, mais cela ne le chagrine pas outre mesure. Il ne compte en effet nullement épouser une carrière de sportif professionnel : «Ni les contrats de football, ni la voile ne m’auraient permis de gagner ma vie», affirme-t-il.
Mais en sus  de sa spécialisation en EPS, Jeannot Krecké dispense des cours d’économie, ce qui l’amène à poursuivre dans cette voie : «J’ai alors décidé de prendre part à diverses formations en économie, en comptabilité et en fiscalité. Quelque part, on peut dire que je me suis formé sur le tas, et ça m’a plutôt réussi», avoue-t-il, esquissant un sourire.

Et en effet, ses connaissances s’avèreront être rapidement déterminantes, et ce, à plus d’un titre. Conseiller communal à Kopstal de 1981 à 1987 sous les couleurs du LSAP, son parti le nomme trésorier en  1985.
A la Chambre des Députés où il est élu en 1989, c’est dans les questions économiques et financières qu’il se spécialise, une expertise qui le conduira entre autres à devenir consultant externe des sociétés Mazars de 1994 à 1999 et d’Arthur Andersen puis d’Ernst & Young de 1999 à 2004.

A l’issue des législatives de juin 2004, Jeannot Krecké est promu à a tête du ministère de l’Economie et du Commerce extérieure ainsi que du ministère des Sports. C’est un homme public doué d’un franc-parler à toute épreuve, d’un humour corrosif et d’une pugnacité certaine que nous découvrons dans le paysage politique luxembourgeoise, pour le grand bonheur de la presse, une position que Jeannot Krecké ne conteste pas mais tempère néanmoins, soulignant qu’ «il y en a eu d’autres avant moi».

«J’avais annoncé que je ne serais pas un ministre qui resterait collé à son siège», nous rappelle-t-il. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ait tenu parole. Fraîchement élu, il parcourt le monde pour promouvoir le Luxembourg et initie de gros chantiers afin de diversifier l’économie luxembourgeoise marquée par le monolithisme: logistique, biotechnologies, écotechnologies, technologies de l’information et de la communication,… la tâche fut ardue.
L’ex-ministre nous rappelle en outre, sur un ton grave, les nuits blanches qu’il a passées à Bruxelles avec son homologue du ministère des Finances, Luc Frieden, bataillant pour la survie de BGL et de l’ex-Dexia-BIL. D’autres dossiers brûlants comme la fermeture de TDK et de WSA, suite à la crise économique, ou encore la fusion d’ArcelorMittal et la création d’Enovos resteront gravés dans son esprit.

Lorsqu’on lui demande de faire un bilan de son mandat, il répond de façon lacunaire qu’il «laisse tout un chacun juge» sur celui-ci, mais qu’il a personnellement «le sentiment du devoir accompli» et qu’il part «sans amertume».

Difficile à croire, quand même, pour celui qui se plaignait depuis quelque temps de «ne pas pouvoir faire bouger les choses comme je le voulais». Pourtant, la raison de son départ inopiné est autre : «J’avais annoncé dès le départ que je ne voulais pas achever mon mandat, qu’en aucun cas j’allais attendre que les électeurs me mettent dehors et que, surtout, je comptais ralentir la cadence et passer à autre chose comme je l’ai toujours fait tous les sept ou huit ans», martèle-t-il.

Ses nouveaux défis? Se consacrer davantage à sa lutte contre la maladie d’Alzheimer au sein de la Fondation Alzheimer Luxembourg qu’il cofonde en 1987, une lutte qui trouve son origine dans la mort de son père de cette terrible maladie.

Jeannot Krecké nous confesse que cette noble cause n’est toutefois pas son cheval de bataille. Il affirme «ne pas être perdu pour l’économie luxembourgeoise» mais vouloir privilégier désormais l’international où il est en passe de monter des projets qu’il préfère taire pour le moment. «Mais rien ne presse pour autant, je me laisse le temps, le temps de profiter quelque peu de mon bateau amarré dans un petit village de Sardaigne et de m’adonner à mon nouveau dada, le pilotage d’avion léger».

PhR

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Par editeur_EELG le 6/04/2012