Communes & ministères

«Les mesures que nous avons proposées ne sont pas excessives»

Par editeur_EELG le 23/04/2012 - 8:34


Mady Delvaux, ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, a beau enchaîner les réunions pour convaincre du bien fondé de la réforme du lycée voulue par le gouvernement

Mady Delvaux, ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, a beau enchaîner les réunions pour convaincre du bien fondé de la réforme du lycée voulue par le gouvernement, elle semble se heurter à un mur, devant faire face à une horde de critiques, essentiellement de la part du corps enseignant. Dans un entretien avec LG Magazine, la ministre nous a esquissé les grandes lignes de la réforme, et a abordé les difficultés qu’elle rencontre actuellement.
 

Dans les résultats d’une étude de l’OCDE publiée en décembre 2010 dans le cadre du Programme international de suivi des acquis (PISA), le Luxembourg affiche de mauvais résultats, se situant en dessous de la moyenne des 65 pays participants, alors que les moyens financiers que le pays alloue à l’éducation nationale sont très importants. Comment expliquer cet état de fait?


Il est vrai que lors des trois études PISA auxquelles le Luxembourg a participé, les résultats sont légèrement en dessous de la moyenne de l’OCDE.

Il y a pour cela plusieurs explications. Tout d’abord, un test mesure toujours des éléments très précis qui ne sont pas forcément les priorités d’un système scolaire en particulier. A ce titre, le système luxembourgeois a par exemple ça de particulier qu’il consacre beaucoup de temps à l’enseignement des langues, temps pendant lequel d’autres systèmes se consacrent à autre chose.

La deuxième explication réside dans le fait que les élèves ne passent pas leurs examens dans leur langue maternelle, avec les difficultés que cela comporte.

Quoi qu’il en soit, j’aimerais souligner qu’attacher une importance démesurée à ce genre de tests serait réducteur. Il ne s’agit là que d’un indicateur parmi d’autres sur la performance d’un système d’enseignement.

Quant au fait que notre système éducatif soit cher, je ne peux que confirmer. Cela  tient en partie au fait que les salaires sont plus élevés au Luxembourg que dans les autres pays.

Un meilleur encadrement, une orientation plus pertinente dans les classes inférieures, une vaste culture générale, une spécialisation progressive, un plurilinguisme adapté, tels sont les grands axes de la réforme que vous souhaitez mettre en place. La tâche paraît démesurée…

C’est un bon résumé.  
Quant à l’ampleur de la tâche, je trouve personnellement que les mesures que nous avons proposées ne sont pas excessives. D’aucuns me disent même qu’il faudrait aller plus loin.

L’encadrement et l’orientation dans les classes inférieures concernent essentiellement les jeunes élèves. Chez un certain nombre d’adolescents, qui ont souvent d’autres préoccupations que les études, il faut tout mettre en œuvre pour éviter qu’ils ne décrochent.

En matière d’orientation, nous aimerions tendre vers un cheminement plus systématique, autrement dit que l’élève apprenne à se connaître lui-même, repère ses centres d’intérêts, et se pose la question quant à savoir comment les combiner avec les connaissances qu’il possède. Il revient ensuite à l’école de le renseigner sur la panoplie de possibilités qui s’offrent à lui.
Dans certains lycées, cela fonctionne bien, dans d’autres, beaucoup moins.

Pour les classes supérieures, il est important que nos élèves disposent à la fois d’une bonne culture générale, qui leur ouvre le regard sur le monde, et qu’ils se spécialisent progressivement afin qu’ils puissent aborder les études supérieures dans les meilleures conditions. Toute la difficulté repose dans le bon dosage entre l’un et l’autre.

Pour finir, j’aimerais rappeler que nous sommes très attachés au plurilinguisme, mais que devant une population scolaire qui change à une vitesse grand V, nous  nous devons de le réadapter.


La réforme scolaire suit la réforme de la formation professionnelle mise sur pied récemment. Les deux réformes sont-elles comparables  - on trouve par exemple un élément essentiel commun qu’est l’approche par compétences?

Tout d’abord, en ce qui concerne l’approche par compétences, sachez que cela se fait dans tous les systèmes éducatifs de par le monde, et que cela n’a rien de nouveau.

A mon sens, un bon enseignant ne se satisfait pas d’enseigner des notions ; il vérifie que l’élève les a bien intégrées et qu’il sait les utiliser…

... difficile d’imaginer qu’une réforme puisse changer la donne à ce niveau…

Il est évident qu’une réforme se joue dans la salle de classe, et qu’il est pour cela important de sensibiliser et motiver les enseignants… ce qui n’est pas chose aisée en ce moment.

Pour revenir à la comparaison entre les deux réformes, si la réforme du lycée est du seul ressort de l’école, celle du régime professionnel concerne aussi directement les entreprises, les chambres patronales et la Chambre des Salariés.
Aussi, la réforme du lycée est plus généraliste.


La mise en oeuvre de la réforme du régime professionnel rencontrerait des «difficultés», nous a confié un expert au sein des Chambres professionnelles. Quelles sont-elles ?

Premièrement, il s’agit dans le cadre de cette réforme de coordonner pas moins de 91 groupes de travail! Et si cela se passe bien pour certains, ce n’est pas le cas pour tous.


Deuxièmement, nous faisons face à un grand défi organisationnel, dans la mesure où tout est désormais organisé sur base de modules, et que la question du rattrapage prévu dans la réforme  - que nous avons jugé nécessaire  - n’est pas facile à mettre en œuvre.


N’aurait-il pas fallu attendre les résultats de la première réforme avant de procéder à la refonte du lycée? Les difficultés liées à celles-ci ne risquent-elle pas d’hypothéquer les chances de réussite de la nouvelle réforme?

 Je n’ai pas jugé nécessaire d’attendre étant donné que, au moment de sa mise en œuvre, la réforme du régime professionnel touche les élèves qui ont déjà passé les classes inférieures. Mais il y a bien sûr un lien au niveau des objectifs : il faut réamenager les classes inférieures au lycée pour mieux préparer les élèves dans leur choix d’orientation, pour  améliorer ainsi leurs chances de réussite dans une formation professionnelle ou dans une autre formation de l’enseignement secondaire ou secondaire technique. .

Il est vrai que les difficultés liées à la réalisation de la réforme de la formation professionnelle provoquent de la colère dans certaines écoles, colère qui se fait écho auprès du corps enseignant dans les lycées. Je constate d’ailleurs avec  étonnement que les protestations émanent surtout des enseignants des lycées classiques, qui ne sont pourtant pas directement concernés par la réforme de la formation professionnelle. C’est regrettable.


D’aucuns critiquaient déjà fortement votre politique d’information et de consultation lors de précédentes réformes réalisées, estimant que les acteurs concernés s’étaient retrouvés devant le fait accompli. C’est un sentiment que le corps enseignant, les élèves, les parents d’élèves, les syndicats mais aussi le monde économique partagent à nouveau aujourd’hui. Que leur répondez-vous?

Je ne peux que leur répondre que je suis étonnée par ces prises de position puisque j’ai l’impression de procéder à de très nombreuses consultations.

Ce qui est vrai, c’est qu’à un moment donné, lorsque les décisions sont prises, il faut s’y tenir. Le dialogue a ses limites, et quand la Chambre des Députés vote une loi, il faut la mettre en œuvre. Et je conçois que j’ai pu en bousculer plus d’un lorsqu’il s’est agi de la faire appliquer.  Si tel est le cas, je le regrette.
J’aimerais néanmoins que mes détracteurs me précisent la nature de leurs reproches, que ce soit au niveau du dialogue avec les acteurs concernés que de la communication. Vous savez, dans le cadre de cette deuxième réforme, j’ai mené pas moins de 150 réunions, et je tiens à rassurer ceux qui pensent que le dialogue est rompu que les consultations ne sont pas bouclées.  PhR

Par editeur_EELG le 23/04/2012 - 8:34