La politique en héritage

La présence d’Alex Bodry sur les scènes locale et nationale n’est pas due au hasard. Petit-fils d’un ancien bourgmestre et député, et enfant de parents également très engagés, Alex Bodry semble être “tombé“ dans la politique étant petit. Rapporteur, ministre et président de son parti, il marche également dans les traces de son grand-père en étant député depuis 1981 et bourgmestre depuis 2004. Retour sur une vie faite de passions devenues professions.

 

«A 53 ans, j’ai encore beaucoup de travail à faire!»

Qu’on se le dise donc, s’il annonce qu’il ne sera pas candidat à sa réélection de bourgmestre de Dudelange, ni à celle de la présidence de son parti, le LSAP, Alex Bodry ne tire pas sa révérence pour autant! C’est juste qu’«il faut du renouvellement, du changement. Au bout de 13 ans passés dans le fauteuil de bourgmestre, il faut changer de tête… peut-être laisser la place à quelqu’un de plus jeune». Il en va de même en ce qui concerne le rôle de président du parti: il faut des jeunes. Et ce, malgré une dépolitisation de la jeunesse de plus en plus forte. «Avant, on s’engageait, on distribuait des tracts, on communiquait davantage. Aujourd’hui, l’école s’isole de trop du politique et je pense que c’est un tort. Il faut repenser la relation “écoles-politique“, faire tomber certaines barrières et provoquer un contact direct entre écoliers et politiciens. Faire des tables rondes ne suffit pas et l’enseignement est bien trop théorique, il est nécessaire d’apporter plus de pragmatisme à tout cela.»

Et il sait de quoi il parle. A 53 ans, Alex Bodry accumule les titres de bourgmestre de Dudelange, de député national, de président de son parti, le LSAP, et a derrière lui plusieurs autres mandats de député, de rapporteur et même de ministre au compteur.
 

L’enfant de Dudelange

Tel un Obélix étant tombé dans la marmite de potion magique étant petit, Alex Bodry, né en octobre 1958 à Dudelange, «baigne dans la politique depuis son enfance». L’on pourrait même dire, sa “tendre“ enfance puisque celle-ci est faite de jeux avec les amis et petits voisins dans «la rue du Parc» et qu’elle ne semble pas ou peu comporter de points noirs. «J’ai eu beaucoup de chance et je me souviens de cette période de ma vie avec beaucoup de plaisir», reconnaît l’enfant désormais devenu grand qui évoque là l’histoire d’une famille unie et heureuse. Dudelange reste donc son principal terrain de jeux et, s’il doit quitter cette ville, ce n’est que pour aller au lycée qui se trouve à Esch-sur-Alzette, ou pour faire son droit à Paris.

Dudelange est aussi, et surtout, son premier terrain politique.
Il faut dire, qu’en battant les pavés de cette ville du Sud luxembourgeois, le jeune Alex Bodry suit les traces laissées par ses descendants sur le chemin de la politique. A commencer par son grand-père maternel qui n’est d’autre que Jean Forhmann, député national et bourgmestre de la ville de 1946 à 1965.
Plus bas dans l’arbre généalogique d’Alex Bodry, sur la branche juste en dessous, ses «parents et la sœur jumelle de ma mère sont aussi très engagés politiquement sans, toutefois, exercer de mandat».
Ainsi, comme s’il était l’héritier d’un leg qui se transmet de génération en génération, Alex Bodry s’engage dès ses 16 ans au LSAP, ne dérogeant donc pas à ce qui semble être une tradition du côté maternel.
 

Du droit vers la politique

Cependant, la politique n’est que son «passe-temps» favori et «le droit était un domaine qui m’intéressait beaucoup, et qui m’intéresse toujours aujourd’hui». C’est pourquoi, une fois son diplôme de fin d‘études secondaires en poche, il prend le chemin de Paris et s’assoit sur les bancs de la Sorbonne le temps de décrocher une Maîtrise en droit privé. Pendant un instant, il envisage une poursuite vers des études de sciences politiques mais son «passe-temps» revient lui faire les yeux doux. «On m’a demandé d’être sur la liste du conseil municipal à Dudelange et j’ai accepté». “Sciences-Po“ et Paris ne font pas le poids face à l’appel de l’engagement politique pour sa ville natale.

A 23 ans, Alex Bodry est donc de retour au Luxembourg. Il est élu pour la première fois à la Chambre des Députés du Grand-Duché du Luxembourg à 25 ans, devenant alors, avec un certain Michel Wolter, l’un des deux plus jeunes élus.
En parallèle, il travaille au service juridique d’une banque de la Place, mais son engagement politique marqué à gauche surprend son employeur qui ne le voit pas d’un très bon œil. Il n’en faut pas plus pour le décider à démissionner de ce poste pour lequel «l’intérêt n’y était pas vraiment». Il passe alors l’examen du Barreau pour devenir avocat à la Cour de Luxembourg. Il effectue un stage au cabinet Decker & Delvaux chez qui il deviendra même, plus tard, l’un des associés.

Jusqu’à aujourd’hui encore, ses mandats de député ne cesseront d’être renouvelés mais d’autres missions politiques lui donneront également l’occasion de faire ses preuves. Il présidera notamment la commission d’enquête parlementaire sur un possible enrichissement personnel lors de la construction du domaine thermal de Mondorf, «un dossier très éprouvant pour le jeune homme que j’étais, mais tellement passionnant». Il sera également nommé rapporteur du Budget de l’Etat, une «première fonction qui m’a permis de poser un pied dans le gouvernement.» S’il continue d’exercer son métier d’avocat, il semblerait que, peu à peu, son «passe-temps» se mue tout doucement en véritable profession.

En 1989, il quitte Dudelange et sa scène politique locale et raréfie sa présence au Barreau pour poser un deuxième pied au gouvernement. Il occupe alors les fauteuils de ministre de l’Environnement et ministre des Communications. Ces deux premiers mandats ministériels ne sont pas de tout repos, il parle même, pour celui de l’environnement qui était alors un sujet assez neuf, de «ministère à problèmes».
«J’avais hérité du portefeuille que les autres ne voulaient pas. L’Environnement était un ministère à problèmes car très sensible politiquement. Les dossiers n’étaient pas évidents à gérer et fortement impopulaires». Reconduit en 1994 dans les fonctions ministérielles, il dispose cette fois d’un choix plus large et opte pour les portefeuilles d’Aménagement du territoire, de la Jeunesse, des Sports et de la Force publique. S’il est content d’avoir contribué à l’avancée du droit de l’environnement malgré des «salles hostiles», il n’hésite pas à affirmer que sa plus grande fierté est la fusion des corps de gendarmeries et de polices. Un pari loin d’être gagné d’avance puisque, s’il reste aujourd’hui une «grande révolution» au Luxembourg, il n’a pas toujours été une «évidence» pour ses compatriotes, amis et collègues.

Alex Bodry reprend une nouvelle et dernière fois le portefeuille de ministre de l’Environnement en échange de celui de la Jeunesse et des Sports, lorsque son collègue préposé au poste, Johny Lahure, pose sa démission. Nous sommes alors en 1998 et, un an plus tard, en 1999, le LSAP perd les élections et donc, le gouvernement. Alex Bodry devient membre de l’opposition jusqu’en 2004 pour la première et unique fois de sa carrière politique. Une expérience  «très intéressante tant qu’elle reste limitée», conseille-t-il.
 
Peu à peu, l’amour pour sa ville finit par le rattraper et, en 2004, il préfère reprendre le fauteuil de bourgmestre, alors laissé vacant par Mars Di Bartolomeo, que celui d’un portefeuille qui «ne m’intéressait pas». De plus, sa fonction de président du LSAP (dont il succède à Jean Asselborn en 2004) n’est pas compatible avec celle d’un mandat ministériel.

Bien entendu, toutes ces activités politiques ne laissent plus beaucoup de temps à Alex Bodry pour exercer son métier d’avocat et sa présence au Barreau se raréfie au point de le quitter en 2009. «C’était une conclusion logique qui s’est faite en douceur. Il n’est pas possible d’exercer correctement son métier sans expérience quotidienne», résonne-t-il avec justesse. Pour autant, il ne cesse pas tout contact avec le domaine juridique puisqu’il l’assure: «Ma formation m’est très utile pour mon rôle de parlementaire.»

Aujourd’hui, Alex Bodry garde en tête ce «privilège» qu’il a eu «d’avoir pu faire de mon passe-temps favori ma profession», mais il pense aussi à lui et à sa famille.
Malgré son amour pour la politique, le cumul des fonctions locale et nationale commence à peser lourd dans la vie de cet époux et père de deux filles. C’est pourquoi aujourd’hui il fait des choix plus tranchés, moins conciliants. «Avec le temps, on a moins de problèmes et plus de courage à faire des choix». Ainsi, il réserve idéalement ses fins de semaines à la vie familiale même si les femmes de sa vie ne lui reprochent jamais vraiment ses semaines chargées. «Je me suis marié à 39 ans, alors que j’étais déjà en fonctions ministérielles. Mon épouse savait donc que mon emploi du temps était très rempli», dit-il d’un air malicieux.

Par ailleurs, l’addition de ces différentes activités commence aussi à peser «sur la santé et l’humeur». Alors, si pour l’instant l’enfant de Dudelange tient à être «utile à sa ville»,  «à moyen terme, je voudrais me concentrer sur une seule fonction, celle de député national et faire ce que j’aime: faire des recherches pour écrire des articles et pourquoi pas des livres». Et devenir un auteur célèbre? Après tout, cet homme semble être doué pour faire de ses passions… des professions.   FC

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