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Immobilier & bâtiment

Rêver le futur urbain

Par LG le 4/05/2017


Comme un voyage extraordinaire dans les romans de Jules Vernes, l’architecture de Vincent Callebaut unit les structures, les matériaux et les formes à la fonction

La transition énergétique implique de penser l’avenir dans une perspective post-carbone, post-nucléaire et post-insecticide. Vincent Callebaut fait partie de cette nouvelle génération d’architectes qui allient les villes et la nature et rendent l’utopie de cités intelligentes réalisable.

 

Visite du Paris 2050

À quoi ressemblerait la Ville Lumière si les contraintes du dérèglement climatique étaient enfin transformées en opportunités? Comme une anticipation sur l’avenir, imaginez-vous vous promenant dans le Jardin des Tuileries qui serait bordé de grandes éoliennes axiales alimentant l’éclairage public. Vous auriez vue sur des montagnes végétalisées construites au-dessus des immeubles haussmanniens de la Rue de Rivoli. Les gargouilles de Notre-Dame côtoieraient ainsi des architectures nouvelles qui en introduisant la nature au cœur de la ville, permettraient de climatiser les îlots urbains de chaleur. Les ponts de la capitale ne seraient plus uniquement des lieux de passages inertes mais seraient capable d’utiliser l’eau de la Seine pour produire de l’électricité et accueilleraient des lieux de vie, des jardins suspendus et des bureaux. Depuis les chaises qui bordent le bassin du Jardin de Luxembourg dans le quartier latin, vous pourriez voir la Tour Montparnasse transformée en un jardin vertical nourricier et vous pourriez y monter par des passerelles végétalisées dont les déchets solides et liquides seraient valorisés via la bio-méthanisation.

Les étudiants seraient logés dans des ruches alvéolaires préfabriquées en usine, les tours du 13e arrondissement deviendraient des maraîchers géants, le quartier des Olympiades produirait 280% d’énergie positive et le Parc Montsouris en face de la Cité Universitaire serait doté de tours anti-smog.

Remettre en question l’architecture du baron Haussmann qui façonne Paris depuis deux siècles est un projet audacieux. Les coups de crayon de Callebaut visent à sortir la capitale française de son modèle actuel qui l’oblige à importer ses richesses naturelles et à exporter ses déchets. Si la vision est futuriste, elle est néanmoins réaliste puisque des pays émergeants ont déjà entrepris cette «révolution écologique» (Taiwan, Abu-Dhabi, Singapour, …). Reste aux pays occidentaux, qui sont à l’origine du dérèglement climatique, d’emboîter le pas.

 

Les villes intelligentes

Les mégalopoles européennes reposent sur un modèle hérité de l’ère industrielle où les «Villes tentaculaires»* ont couché leur béton sur la nature. Passer de villes grises aux villes vertes, d’un système d’importation à celui de production, c’est abandonner l’économie linéaire (extraire, fabriquer, consommer et jeter) pour adopter une économie circulaire.

Les villes du Vieux Continent, historiquement couchées, prendraient de la hauteur pour devenir des cités verticales et végétales. Les bâtiments les plus anciens, inertes, connectés aux réseaux, coexisteraient et seraient alimentés par de grands immeubles qui produiraient plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Leur construction ne sera plus assurée via des matériaux énergivores comme l’acier et le béton mais par du bois et du bambou qui peuvent au contraire stocker du CO2. «Après avoir construit les villes sur la nature, il s’agit dorénavant de penser à rapatrier la nature au cœur des villes», déclare Vincent Callebaut. C’est pourquoi il pense les quartiers comme des forêts, les bâtiments comme des arbres et que son inspiration est biomorphique, bionique et biomimétique.

Comme un Voyage extraordinaire dans les romans de Jules Vernes, l’architecture de Vincent Callebaut unit les structures, les matériaux et les formes à la fonction.

 

Projets et réalisations

Partant du constat que la Terre comptera quelques 9 milliards d’individus en 2050, dont 75% qui vivront en ville, Vincent Callebaut a travaillé sur un projet de ferme verticale. «Dragonfly» est un modèle agricole au cœur même des villes qui pourrait assurer leur autosuffisance alimentaire. Une grande serre bioclimatique centrale, inspirée des ailes de libellules pour leur grande plasticité, renfermerait des champs verticaux cultivables. Une véritable ferme prendrait place à la base et donnerait laitage, œufs, poisson et viande. L’énergie nécessaire à la structure proviendrait de panneaux solaires et de trois grandes éoliennes. Les employés vivraient au sein de la structure qui compterait aussi des appartements, des crèches, des bureaux, des cinémas et des restaurants.

Autre projet de laboratoire: les villes flottantes «Lilypads» qui pourraient accueillir les réfugiés climatiques à l’horizon 2050. Une société nomade vivant dans une structure flexible et robuste inspirée des feuilles de nénuphars géantes d’Amazonie.

Enfin, l’architecte visionnaire signe une tour à géométrie spiralée qui prend forme actuellement à Taiwan. La Tour «Tao Zhu Yin Yuan» à Taipei est une révolution morphologique de 20 étages décalés (chacun de 4,5°), soit un angle de 90° entre le premier et le dernier. Ce qui offre une cascade de jardins suspendus à ciel ouvert et une personnalisation de chaque appartement tournés plein Sud en journée et plein nord en soirée. Le dernier étage est un grand jardin réservé aux habitants qui est recouvert d’une pergola photovoltaïque. Au sein d’une forêt urbaine de 23.000 arbres, arbustes et plantes, la tour à Taipei absorbera 130 tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère. Une promesse pour l’avenir.   JuB

 

*Recueil de poésie d’Émile Verhaeren,  «Les Villes tentaculaires», publié en 1895.

 

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Par LG le 4/05/2017