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Développement durable

La révolution de l’économie circulaire

Par LG le 11/05/2017


Nous sommes les premiers à proposer une technologie à la fois plus performante que les systèmes actuels mais aussi à moindre coût

Imaginez une technologie qui permettrait de séparer tous les éléments du lisier pour en extraire une eau de très haute qualité, et aussi des engrais, des combustibles. Cette technologie serait peu gourmande en énergie et tiendrait dans la remorque d’un camion, ce qui la rendrait mobile. C’est une startup luxembourgeoise qui a réalisé cette folle ambition; explications Michel Reckinger, d’Ama Mundu Technologies.

 

En quoi votre démarche est-elle innovante ?

Nous avons dès le début, intégré la problématique de l’économie d’énergie à celles de l’eau et des matières (des domaines qui ne vont malheureusement pas toujours ensemble). Avec peu d’énergie, notre technologie permet de trier les matières qui sont aujourd’hui présentes dans les rejets liquides d’unités de production de biogaz,  dans les eaux usées ou dans les déjections animales.

En les séparant, chacun de ces éléments peut être recyclé, trouver un second usage ou retourner dans son cycle naturel. En commençant par extraire et récupérer de l’eau pure, nous avons enfin trouvé un moyen simple de trier des liquides!


Comment cela fonctionne-t-il?

Nous extrayons les 60 à 90% d’eau que composent les déjections animales (le lisier) et les jus liquides qui sont issus des usines de biogaz ou de décharges. Nous commençons d’abord par un processus de séparation de la matière sèche solide. Les déchets liquides passent ensuite dans un procédé de nanofiltration qui donne un premier engrais, riche en phosphore et en azote; il peut en plus être déshydraté par évaporation sous vide selon un nouveau procédé mis au point par le Pr Delfosse au LIST. Enfin, nous utilisons l’osmose inverse pour en extraire l’eau purifiée H2O. L’osmose inverse est un procédé connu mais habituellement utilisé à plus de 30 bar alors que nous n’en utilisons que 10. Cette baisse de pression (et donc de consommation d’énergie) est possible grâce aux différents procédés réalisés en amont. Les petits restes que l’on ne peut pas valoriser sont alors détruits ou rendus inertes.

 

Quels sont les avantages de ce procédé comparés à ceux d’une station d’épuration classique?

L’innovation réside dans le changement de paradigme, il ne s’agit ni d’un traitement des eaux usées, ni d’une dépollution mais bien de la récupération d’une eau purifiée, d’engrais ou de combustibles renouvelables, par des procédés de fractionnement et de filtrage.

Et notre équipement (voir photo) prend trois fois moins de place. Notre unité de la taille d’un container suffit à équiper une usine biogaz de 1,5 mégawatt qui n’aura plus besoin d’épandre le digestat brut dans les champs. Une version adaptée aux eaux usées municipales suffit aussi pour un peu moins de 1.000 habitants.

Nous pouvons par exemple intervenir en complément d’une station d’épuration qui serait insuffisante en capacité ou en qualité de rejet, et ce sans couler aucun béton. Notre station a des résultats de qualité bien supérieurs répondant aux normes à venir, et c’est aussi une solution moins onéreuse.

 

Qui sont vos clients potentiels?

Les producteurs de biogaz, les éleveurs, les stations d’épuration municipales, les exploitants mais aussi les promoteurs de bâtiments durables, l’hôtellerie, etc. Nous pouvons être actifs partout où il est question des eaux usées ou de rejets liquides.

Beaucoup de professionnels du secteur pensent que les besoins en eau changeront d’ici les 30 ans à venir. En allant de plus en plus vers les bâtiments durables et autonomes, il faudra inévitablement se poser la question de la réutilisation de l’eau et donc de son système de filtrage.

 

D’où le terme de révolution. Comment cette technologie peut-elle se développer à l’avenir?

La question des pressions toujours plus constantes que nous exerçons sur nos ressources naturelles en eau, et qui seront de plus en plus précieuses à l’avenir, se pose déjà. L’eau prélevée dans le milieu naturel servira d’abord aux usages nobles, et après une ou plusieurs préparations au recyclage, elle servira à l’arrosage, pour les toilettes et pour alimenter une chaudière par exemple. Après ces usages successifs, elle retrouvera le chemin des canalisations, de la station d’épuration et enfin de la nature.

Cette solution écologique, serait également une issue économique car aujourd’hui, les deux tiers du prix de l’eau proviennent des moyens de son acheminement. D’ici 2050, le Luxembourg comptera plus d’un million d’habitants et ce doublement de la population sera autant de tuyaux d’approvisionnement à poser, puis à entretenir.

Le recyclage limiterait les approvisionnements d’eau par immeubles, quartiers, ou du moins, par zones et le système centralisé serait soulagé par des systèmes décentralisés. Le coût de remplacement du réseau serait bien moindre et la responsabilité des consommateurs bien plus grande; c’est notre relation à l’eau qui changera, moins notre façon de l’utiliser.

 

Comment s’est passée l’année 2016?

En début d’année 2016, nous étions encore à un stade d’essai et nos bons résultats nous ont permis de participer à la foire d’Ettelbruck au mois de juillet qui a constitué le lancement commercial d’Ama Mundu Technologies pour le secteur du biogaz. Par ailleurs notre startup a été retenue pour réaliser une première station d’épuration innovante (NeoSTEP, 1500 EH), elle a construit et mis en service en Belgique une unité de recyclage simultané d’eau et d’énergie. Notre première unité mobile a permis une présence à plusieurs manifestations et des démonstrations sur plusieurs sites.

 

Quelles sont les prochaines étapes?

Nous allons prendre grand soin de nos premières unités industrielles afin d’y apporter des améliorations et notre objectif pour la fin 2018 est de définir des équipements de série. Nous accentuons notre développement technique et notre action commerciale grâce à la mise en service d’une seconde unité mobile de capacité 0,5 tonne/heure.

Nous avons aussi pris part à un deuxième projet de recherche appelé “Persephone“ dans lequel nous travaillons en collaboration avec les instituts et les agriculteurs de la Grande Région et des Pays-Bas. Nous prenons en compte les très bonnes suggestions des agriculteurs dans le but d’obtenir des engrais facilement réutilisables.

Nous travaillons activement avec le ministère de l’Economie qui nous cofinance mais aussi avec celui de l’Agriculture et celui de l’Environnement qui sont naturellement intéressés par l’émergence de solutions fiables et à bas coûts qui résoudraient les problèmes d’épandage et leur impact sur les nappes phréatiques.

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Par LG le 11/05/2017