News

Développement durable

Quelle valeur pour demain?

Par LG le 14/08/2017


Agir en interne et être un catalyseur du changement en externe

La sortie américaine des accords de Paris leur fait se demander si les passagers du Titanic auraient réclamé une meilleure cabine pendant le naufrage. Interview sur le développement durable avec Valérie Arnold, associée et Corporate Responsability Leader ainsi que Philippe Pierre, associé en charge du secteur public et responsable global Institutions européennes chez PwC Luxembourg.

 

Comment la responsabilité sociétale des entreprises est-elle devenue un enjeu majeur?

VA: Le modèle de croissance des cinquante dernières années montre ses limites, s’essouffle, arrive à son terme et ne peut répondre aux enjeux sociaux-économiques d’aujourd’hui et surtout pas à ceux de demain.

Le modèle de responsabilité sociétale basé sur la pure philanthropie, ne dispose pas de leviers suffisamment adaptés aux enjeux actuels. C’est pourquoi on tend aujourd’hui à inscrire la responsabilité des entreprises au cœur de leurs activités. Certes, les grandes fortunes continueront à faire des donations et du mécénat mais les entreprises s’inscriront plus encore dans la vie sociale. Il n’est plus possible de créer de la valeur, de faire de l’argent, sans s’inquiéter de l’impact de nos activités sur les citoyens ou sur notre environnement.

Le cadre moral a été posé au niveau mondial, les buts à atteindre également, que ce soit dans les 17 objectifs de développement durable de la Charte des Nations unies ou dans les accords de Paris. Ils représentent, ensemble, la feuille de route adressée aux Etats. Rappelons-le à nouveau : il n’y a pas de plan B pour notre planète.

 

Que signifie la responsabilité sociétale pour PwC Luxembourg?

VA: Puisque le but est d’avoir un impact significatif, il s’agit d’apporter une réflexion sur la manière dont nos métiers (et notamment les trois principaux que sont l’expertise fiscale, le conseil et l’audit) doivent évoluer par rapport aux enjeux sociétaux.

Nous servons des clients du secteur public, du monde de la finance et des entreprises, notre rôle est donc de les accompagner dans ce changement. Impacter favorablement la planète, les individus tout en continuant de créer de la valeur ne se fera que si ces enjeux sont complétement intégrés à la stratégie.

Notre firme a défini ses propres enjeux en mettant en place une réflexion avec nos clients mais aussi avec les acteurs publics, les ONG, nos fournisseurs et les médias. Nous avons ainsi pointé les priorités internes et externes et avons défini sept enjeux stratégiques sur lesquels nous travaillons. Cette mutation nous permettra ensuite d’insuffler les bonnes pratiques.

Deux firmes aux bilans financiers semblables n’auront pas la même valeur dès lors que l’une d’elle intègrera une vision à long terme et sera consciente de ses impacts sociaux et environnementaux.

 

Peut-on dire que les institutions internationales, européennes et que les Etats vont dans le bon sens?

PP: Les organes internationaux comme les Nations unies, la Commission européenne ou encore la BEI élaborent des plans de manière pragmatique, qui sont ensuite mis en œuvre par les Etats. Les politiques publiques se développent donc dans le but de répondre concrètement aux enjeux de demain.

Incarner un rôle modèle, c’est aussi pouvoir inspirer les bonnes pratiques et donc, définir les nouvelles politiques. Force est de constater que beaucoup d’institutions publiques, nationales et européennes, ont déjà œuvré dans ce sens.

VA: On retrouve cette même ambition stratégique chez PwC: agir en interne et être un catalyseur du changement en externe. C’est un exercice ô combien délicat dans la mesure où il faut résoudre les enjeux de nos clients tout en affirmant nos valeurs responsables, protégeant ainsi nos fondamentaux, notre légitimité et le développement de nos collaborateurs. C’est ce qui nous permet d’accompagner les grands acteurs dans leur transformation.

 

Qu’est-ce qui est le plus efficace: le volontariat ou la contrainte règlementaire?

PP: L’idée est moins de contraindre que de stimuler et les résultats se font déjà sentir dans les procédures d’achats pour le secteur public par exemple. La Commission Européenne partage cette politique d’influence et c’est pourquoi la BEI aide les entreprises européennes, dont des luxembourgeoises, à innover en finançant leurs développements en technologies vertes par exemple.

Les consommateurs et les citoyens sont de plus en plus regardants quant au développement durable et c’est à la base du changement de pratiques.

 

VA: Luxembourg partage la vision rifkinienne. Si la deuxième révolution industrielle a permis une augmentation de la richesse et une diminution de la misère, ses effets secondaires et notamment sur l’environnement, sont négatifs. C’est pourquoi il faut profiter de l’essor des technologies pour sortir d’une économie carbonée.

Face à la raréfaction des matières premières, les spécialistes annoncent la fin de l’obsolescence forcée des produits et de l’utilisation de matériaux non recyclables. Le modèle de demain sera circulaire ou ne sera pas. Les produits gagneront en durée de vie et ce n’est plus leur possession que l’on achètera mais l’usage qu’on en fait. Cela chamboulera les processus de fabrication, les financements, les distributions, etc. Il faut donc pouvoir se préparer à ce changement dès maintenant.

 

Existe-t-il des synergies de développement durable entre le public et le privé?

PP: La force du Grand-Duché, c’est l’agilité avec laquelle le pays élabore ses stratégies et les met ensuite rapidement en œuvre. Il s’appuie souvent pour cela sur des partenariats public-privé. Le «Climate finance accelerator», mené conjointement par les ministères de l’Economie et de l’Environnement en est un exemple.

Pierre Gramegna et Carole Dieschbourg ont décidé de travailler avec des cabinets d’avocats, une société de conseils spécialisée dans les impacts d’investissements ainsi qu’avec les quatre grands cabinets de conseils afin de créer une plateforme qui facilitera la venue de gestionnaires de portefeuilles. Le but étant d’accueillir au Luxembourg, les fonds d’investissements qui financeront les accords de Paris.

Le fait que les Big Four se réunissent autour du projet est le signe fort que les fondamentaux se mettent en place pour accompagner une économie plus responsable et durable.

Par LG le 14/08/2017