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Communes & ministères

À l’assaut des législatives

Par LG le 9/04/2018


Plus de la moitié de l’électorat travaille pour l’Etat…

Avec un score aux élections communales de 2,65%, le Parti Pirate a confirmé son score des dernières législatives sans pour autant faire mieux. À Luxembourg-Ville, son président et tête de liste Sven Clement a récolté 1.995 votes, «ce qui est plus que le conseiller communal de l’ADR Roy Reding», dit-il et d’ajouter que «c’est le signe d’une volonté de renouveau».

 

L’une des critiques qui vous est régulièrement adressée est qu’il n’y a qu’une seule personnalité au Parti Pirate, la vôtre…

Ce n’est pas tout à fait vrai dans la mesure où nous avons quand même eu deux conseillers communaux à Pétange avec Marc Goergen et Flor Starsky, un autre à Remich avec Daniel Frères et nous avons tout de même réussi des scores à cinq points et plus avec des listes incomplètes à Clervaux et Kehlen. Il ne faut pas oublier que nous restons un petit parti avec trois employés et quelques 420 adhérents, même si nous espérons terminer l’année 2018 en passant la barre des 500.

Ce qui m’amène à penser que le Parti Pirate est plus que Sven Clement. Au niveau national, il est toujours bon d’avoir quelques personnalités qui sortent du lot. Ce qui est notre cas avec nos quatre têtes de listes pour les législatives: Ben Allard au Nord, Daniel Frères à l’Est, Marc Goergen au Sud et moi-même au Centre.

 

«Quand je pense que, nous autres citoyens qui ne demandons qu’à partager le savoir et la culture, les puissants et politiciens de tous poils ne cessent de nous traiter de Pirates…»; reconnaissez-vous cette citation et peut-on penser que l’opposition qui y est faite est l’essence de votre parti?

Elle appartient au Suédois, Rick Falkvinge, qui un peu éméché au soir du réveillon de 2006, lance le Parti Pirate. Ce n’est là qu’une composante seulement de notre parti politique. Il y fait aussi clairement allusion aux utilisateurs d’internet et aux politiciens qui n’y comprennent rien.

Rappelez-vous de ce qui se disait sur l’affaire “Medicoleak” (ndlr: En janvier 2012, Sven Clement s’était introduit dans la base de données du service médicosportif du ministère des Sports où étaient stockées des informations médicales relatives à 49.000 athlètes. Il a été condamné par la justice). Entre François Biltgen, alors ministre de la Justice qui parlait «de vol et de recel» dont la peine encourue va de 5 à 10 ans et les 500 euros qui m’ont été infligés par le tribunal, on voit la marge…

L’origine du parti prend source de l’incompréhension politique du digital. Dans un monde qui évolue si vite, comment se fait-il que les politiques ne portent leurs fruits qu’au bout de 10 ou 15 ans et que nos systèmes électoraux archaïques ne permettent pas la participation citoyenne comme ils le devraient?

C’est pourquoi les politiciens doivent comprendre ce sur quoi ils légifèrent et la Chambre des Députés devrait mieux représenter la société.

 

Le problème ne serait-il pas plus largement celui du candidat-fonctionnaire et du manque de représentation du secteur privé au sein de la classe politique toute entière?

La classe politique est majoritairement composée de fonctionnaires et d’avocats et on peut y voir une déconnexion avec la réalité du terrain. Je ne me limite cependant pas à l’opposition public et privé car on peut être fonctionnaire et néanmoins proche de ce qui se fait dans le privé.

Il ne faut pas oublier que plus de la moitié de l’électorat travaille pour l’Etat, une société étatique ou dépend de la caisse des pensions. Il y a un donc un problème de démocratie dans le sens où la minorité qui génère la richesse dont profite la majorité des électeurs n’a pas de droit de vote au niveau national. Il faut donc trouver un moyen pour la représenter à la Chambre des Députés et cela pourrait commencer par des élus qui viendraient du secteur privé.

Le droit de vote des résidents étrangers a échoué pour plusieurs raisons diverses mais dont aucune ne relève du racisme, de la xénophobie ou d’un quelconque rejet de l’autre. L’eurobaromètre de 2017 montre que 72% des Luxembourgeois pensent que l’immigration est une force pour le pays.

 

Une minorité qui décide pour une majorité ou faire marcher la machine à naturaliser; est-ce là l’avenir de la population lorsque les étrangers résidents seront majoritaires?

Je pense que c’est un vrai problème auquel nous n’avons pas une seule réponse. Brader la nationalité risquerait de provoquer un rejet et une ferme opposition des Luxembourgeois. La naturalisation relève aussi de l’intime et du sentiment.

Et si toutes les études montrent que la langue luxembourgeoise ne s’est jamais aussi bien portée, le sentiment de peur de ne plus pouvoir le parler dans son pays peut amener à un repli identitaire. Il est de la responsabilité du politique que de tenir compte des peurs et d’y répondre avec rationalisme.

Les grands partis qui se sont emparés des débats sur le référendum, sont les mêmes qui aujourd’hui reculent dans certains conseils communaux. Sous prétexte qu’un conseiller communal ne maîtrise pas assez bien le luxembourgeois, ils utilisent le français. À la peur des électeurs, cela risque d’ajouter de la colère.

 

La loi du 24 février 1984 sur le régime des langues est pourtant claire: «Lorsqu’une requête est rédigée en luxembourgeois, en français ou en allemand, l’administration doit se servir, dans la mesure du possible, pour sa réponse de la langue choisie par le requérant»…

Force est de constater que cela n’est pourtant pas respecté pour les questions en luxembourgeois. Ce qui participe à la gronde générale des électeurs.

L’idée de tout traduire en luxembourgeois, y compris le droit est une idée au mieux, dérisoire et au pire, complètement folle. Le multilinguisme fait partie intégrante de la culture de ce pays et il suffit de se plonger dans les archives nationales pour s’en rendre compte. Des premiers actes de naissance rédigés en français sous Napoléon, puis en allemand avec l’imprimerie, de nouveau en français après la Seconde Guerre mondiale et le formidable essor de la langue luxembourgeoise dans les années 80, aujourd’hui le luxembourgeois est aussi vivant du monde digital et des milliers de sms, mails ou commentaires au quotidien.

 

Par Julien Brun

 

 

Par LG le 9/04/2018